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Je    me  souviens  de c ette devinette qui avait été lancée dans l'émission très suivie de la radio internationale panafricaine dénommée Africa Numéro. Qui peut bien me dire ce qu'elle est devenue, cette radio? L'émission était animée par un certain Le Doux. "Il avance à reculons". Voilà la devinette qui courait des semaines entières à 13 heures GMT de je ne sais plus quelle année.  La réponse de la devinette m'avait permis de connaître ce que c'est qu'un échassier. L'échassier, un oiseau aux longues pattes marchant à réculons ayant donné son nom à la structure de bois sur laquelle montent des jongleurs  prenant ainsi l'allure des géants  incapables de courir avec leurs longues pattes mais se contentant de faire  uniquement quelques  grandes enjambées.


Cette image que je décris là est pour moi une métaphore rendant compte de la marche de la plupart des structures communautaires partout en Afrique. UEMOA, CEDEAO, UA ; toutes ces institutions donnent l'impression de piétiner dans la mise en œuvre de leur politique et stratégie devant aboutir au bien être des populations. Ainsi, au lieu de contraindre les Etats à converger vers des critères uniques , ces organisations leur laissent assez de liberté et de marge de manœuvre. Sachant que la plupart des chefs d'état manquent cruellement d'expérience en matière de gouvernance d'état et d'administration public, les organisations citées doivent jouer le rôle d'équilibrage et de guidage en gestion des affaires économiques en particulier pour éviter que la gourmandise des uns provoque aux autres des fléaux tels que la pauvreté, la malnutrition, la famine et les maladies.  A l'heure où j'écris ce billet, je pense au Bénin, le pays de Yayi Boni, qui est devenu spécialiste en protectionnisme au nom de ses intérêts économiques au détriment de ceux vitaux de ses voisins. En ce moment précis, ce pays traverse des événements troubles caractérisés par des grêves. Pour se tirer d'affaire, le gouvernement continue de prendre des décisions paradoxales. C'est à dire, il promet une augmentation de salaire de 25% d'une part et  d'autre part fait augmenter le prix des denrées alimentaires en ordonnant  la majoration des droits de douane de certains  produits de consommation courante. Cette décision précède celles peu populaires ayant agravé indirectement la cherté de la vie en 2010 non pas au Bénin mais au Niger; pays enclavé très lié économiquement au port de Cotonou.

En effet les autorités béninoises avaient pris des décisions en cascade en vue de la suspension, depuis la fin du premier semestre  de cette année là, des formalités de transit; décision frappant les huiles végétales. A l'époque les autorités avaient prétexté officiellement des motifs d'ajustement des taxes douanières alors que des rumeurs évoquaient une mesure destinée à lutter contre la concurrence déloyale de gros importateurs vis-vis des petits commerçants qui avaient manifesté leur mécontentement dans les rues. Cette affaire avait poussés un importateur béninois qui s'était senti visés par cette décision à monter au créneau pour dénoncer ce qu'il qualifiait d'abus, d'acharnement  et de menacer, par la même occasion, l'état béninois d'un procès. Malgré cette réaction emprunte de furie, le gouvernement béninois était de marbre jusqu'au sommet de la france-afrique dernier où le président nigerien (tombeur de Mamadou Tandja) pressé par ses concitoyens qui avaient vu leurs centaines de conteneurs d'huile végétale bloqués au port de Cotonou n'intercède auprès de son homologue béninois en faveur de leur cause. Un dénouement maigre sera trouvé après le sommet suite à des rencontres entre les chefs d'état et les délégations de ces deux pays respectivement à Nyamey et à Cotonou. L'accord à minima trouvé était très défavorable à la partie nigérienne. Mais celle-ci ne pouvait qu'accepter ce compromis à contre cœur puisque cet accord autorisait la sortie des marchandises du territoire béninois après un dédouanement en bonne et due forme.


Depuis juin 2010 jusqu'au mois de janvier 2011 la situation était telle que la plupart des importateurs nigériens se sont rabattus sur le port du Togo dont le réseau routier est redouté par les chauffeurs des gros porteurs (voies chaotiques et la faille d'Alledjo, un passage obligé pour rejoindre les pays de l'hinterland, est considérée comme « un couloir de bermude » par les transporteurs).

La dernière décision en date de l'Etat Béninois est celle intervenue dans le courant du  mois de janvier  ordonnant le dédouanement du sucre, du riz etc ... en transit sur cotonou au bénin avant leur acheminement  dans les pays de destination. La pilule doublement amère était difficile  à avaler pour les opérateurs nigériens. Mais le Bénin est un pays souverain. Par conséquent il prend des décisions unilatérales comme cela lui va faisant ainsi fi aux objectifs d'intégration sous régionale basés sur la libre circulation des biens et des personnes. Les états victimes de ces prises de décision, qui frisaient la fantaisie ont dû attendre patiemment que la crise, se calmât.  Et cette décision à mon sens  ne s'inscrivait pas dans une logique purement économique. Elle était politique.  C'était une décision qui ne se justifiait pas d'autant plus qu'elle mettait en difficultés les importateurs béninois eux-mêmes qui tirent d'énormes bénéfices des ventes en direction du Niger, Nigeria, Burkina, Tchad... 


Tous les pays de l'hinterland dépendant des ports côtiers, ces décisions  étaient assimilées à un refus systématique d'alimenter le niger et les autres pays sub-sahariens enclavés. Notons que le bénin voulait exporter au même moment son excédent céréalier au Niger dont les populations sont frappées par la sécheresse et la famine. C'était un paradoxe!! 


En définitive, tout se passe comme si les institutions communautaires n'ont pas de moyen de contraindre les états à cesser de freiner l'élan communautaire orienté vers la solidarité. On observe une certaine impuissance des institutions face aux États.  Sinon comment comprendre les raquettes quasi régulières dont sont victimes les citoyens et les commerçants à nos frontières et sur nos routes? Aux frontières d'Aflao, Sémè et Elubo les policiers, les agents d'immigrations et  les douaniers se livrent à des raquettes de manière éhontée.  Ils n'hésitent  pas à bousculer les usagers et des voyageurs pour leur soutirer des devises.  A la frontière d'Aflao il se passe un phénomène fondé sur un principe digne de la loi du talion. Ainsi quand les togolais réclament aux détenteurs des pièces d'identité ou de voyage ghanéennes un paiement  de 1000 Fcfa, les agents ghanéens exigent  à leur tour le paiement du double aux togolais entrant et sortant. Cette pratique bizarre gréve le budget du voyageur dans l'insouciance de tous!

L'appétit corruptif a atteint son paroxysme avec l'installation des cabinets de contrôle médical  dont les agents, aussi, raquettent les voyageurs n'ayant pas de carnet de santé international et ne pouvant pas payer les vaccinations administrées in situ. Aussi, à Sanvé condji les polices d'immigration togolaise et béninoise collectent 500 francs à tout ceux qui ont la malchance de ne pas détenir de pièce d'identité. La présentation des documents de voyage autres que ceux togolo-béninois est soumise au paiement des pourboires allant jusqu'à 3000 FCFA instaurés sous forme de taxe.


Voilà ce que sont devenues nos frontières créées par les colons pour des intérêts géostratégiques des métropoles ; un instrument protectionniste et des sanctuaires de sangsues et des rapaces vivant de la corruption et des raquettes. Aucun pays dans l'espace communautaire, quelque soit son degré de gouvernance ne se décide à mettre fin à ce gangstérisme. Même le Ghana, exemplaire en matière de lutte contre la corruption et de gouvernance, qui de surcroît a fait ses preuves dans l'assainissement des activités du cordon douanier, permet à ses agents de s'adonner à cœur joie au vue et su de tous à ces comportements méprisables et répréhensibles? Pire, leur brutalité est particulièrement choquante et vexatoire! (il paraît que la traversée de toutes les frontières des pays anglophones ne s'effectue pas sans déboire). J'en avais été victime plus d'une fois au poste d'Aflao: il m'était demandé de rebrousser chemin vers mon pays d'origine à chaque fois que je montrais mon envie de ne pas me laisser faire! Une autre fois, j'avais dû m'exécuter rapidement lors qu'un agent ghanéen m'avait menacé de me remettre manu-militari à la limite frontalière togolo-ghanéenne au moment où j'essayais de lui faire comprendre le caractère illégal de cette pratique. 


Le silence des états de la CEDEAO et l'UEMOA  dénote de leur démission face à l'inertie des autorités publiques qui se servent des postes frontalières pour assouvir leur appétit népotiste et clienteliste. Par conséquent, aujourd'hui si Le Doux remettait sa devinette, je n'hésiterais pas  à lui répondre "UEMOA" ou CEDEAO ou encore UA. Il faut stopper cette tendance cupide transformant nos frontières en des sources d'enrichissement des agents d'Etat. C'est un fléau anachronique à l'étape actuelle du développement du continent africain caractérisée par l'envol du secteur des services et du commerce. Que dire de l'Agriculture qui a également besoin de la fluidité des échanges? Il est temps que les barrières tombent et que les différentes entraves à la circulation des biens et des personnes cessent pour permettre que le surplus de production d'un pêcheur togolais puisse parvenir à un ménage burkinabè, d'un paysan burkinabè, serve à nourrir un ménage nigérien et qu'un éleveur nigérien puisse, en cas de production à suffisance, arriver sur le marché tchadien et qu'en retour le sésame et les oignons tchadiens soient dans le panier de la ménagère partout en Afrique sub-saharienne à un prix raisonnable dépouillé de tout faux frais.



Tag(s) : #La gueule!!!

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